mardi 28 septembre 2010

Des hommes et des dieux


Nous vivons une époque où il est de bon ton de fustiger les chrétiens, l’Eglise catholique en particulier. Pourtant, au milieu des protestations indignées – mais de bon aloi – à propos des prêtres pédophiles, un film rencontre un franc succès : le magnifique film de X. Beauvois, qui retrace les derniers mois de la vie des moines de Tibéhirine, assassinés par un groupe d’islamistes fanatiques en 1996.
Ce film est émouvant à bien des titres, d’abord par la plongée dans la vie monacale : dès la première scène, le ton est donné : on est dans le monastère, les 8 hommes célèbrent l’office ; ils sont très recueillis puis chantent à l’unisson, a capella. C’est ainsi que l’on va cheminer, tout au long du film, avec ces hommes qui ont choisi de se consacrer à Dieu et à leurs prochains : chacun occupe une fonction, l’un s’occupe du potager, l’autre de l’intendance… ; les figures les plus marquantes étant Frère Luc, le médecin qui se consacre aux villageois pauvres ,et Christian, qui dirige la communauté et fait, le premier, le choix de rester ; il montre une fermeté remarquable lors de la première incursion du GIA dans le monastère.
Ensuite, il y a les paysages arides de l’Atlas, la chaleur, la poussière, la neige l’hiver, la tempête dans laquelle les silhouettes des moines vont s’effacer peu à peu.
Le film nous émeut par les réflexions qu’il suscite : que signifie devenir moine et consacrer sa vie à Dieu ? Qu’est-ce que vivre en communauté ? Que faire face au danger ? Fuir ou résister ? Le film est scandé par les scènes où les moines se réunissent pour savoir ce qu’il convient de faire ; les antagonismes se font jour, certains aspects les moins nobles des hommes se dévoilent, la tension est palpable à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la grâce l’emporte et qu’ils décident unanimement et tacitement d’aller jusqu’au bout de leur foi, du don d’eux-mêmes.
Le film nous émeut par les choix opérés par Xavier Beauvois pour filmer ces huit hommes : les gros plans sur les visages, les mains, les scènes de repas, depuis le dîner ordinaire, où ils partagent un plat de frites jusqu’au dîner qui scelle leur apaisement face à la peur et au danger imminent, qui n’est pas sans rappeler la Cène.
On voit ici des hommes qui ont consacré leur vie à Dieu, qui ont aimé et aidé leurs prochains – Frère Luc soigne, une nuit, un islamiste blessé qu’on lui amène au monastère, comme il soigne tous les villageois qui viennent le consulter pour des pathologies plus ou moins sérieuses – qui ont œuvré pour le rapprochement des cultures, des chrétiens et des musulmans : ils étaient proches des villageois, qui les appréciaient et les invitaient lors de cérémonies familiales. Par leur abnégation, leur force, leur résistance, ces hommes ont gagné, toutefois, une dimension d’icones, si bien que l’on peut dire qu’ils étaient hommes et sont devenus des dieux.
Valérie Faranton
-----------------------------------------


Date de sortie cinéma : 8 septembre 2010
Long-métrage français . Genre : Drame
Durée : 02h00min Année de production : 2010
Distributeur : Mars Distribution 
Synopsis : Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour…

Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

lundi 20 septembre 2010

jeudi 2 septembre 2010

Quelques remarques sur le suicide dans l'Egypte ancienne


9782915867312FS A propos du livre de Sydney Aufrère, Pharaon foudroyé. Du mythe à l’histoire. Éditions Pages du monde, Paris, 2010, 368 pages. ISBN 978-291586-31-2. 

A notre époque où le suicide, sous la forme de l’euthanasie ou du suicide assisté, apparaît aux yeux de certains comme une manifestation de la liberté individuelle, il nous semble intéressant de voir comment se posait la question du suicide dans l’Antiquité. Nous nous intéresserons aujourd’hui aux conceptions qui prévalaient dans l’Egypte ancienne, en nous appuyant sur la publication récente de Sydney Aufrère, dont Catholicae disputationes a fait précédemment une recension[1].
L’auteur établit un  clivage entre la culture traditionnelle et la culture fortement marquée par la  culture grecque.

Dans la culture traditionnelle, on contraint le criminel à se suicider. On veut éviter ainsi la souillure qu’entraînerait une exécution. Il semble que le suicide soit considéré comme la pire des sanctions à l’égard des criminels. Il représente la volonté d’écarter les individus nuisibles pour la société du corps social. Sous le règne des Ramsès III, les conjurés ayant participé à la conspiration du harem sont condamnés à mettre un terme à leur existence. On voit d’ailleurs la différence entre ceux qui devaient se suicider sur le champ et ceux à qui on accordait le privilège de se supprimer « à domicile ». Certains hiéroglyphes en disent long sur le désir de voir disparaître certains êtres nuisibles. Ces représentations sont des incitations magiques.  Le hiéroglyphe, qui avait une vie propre, est susceptible de porter atteinte au propriétaire d’une tombe.  Un cas de suicide préventif est décelable dans les déterminatifs de mots signifiant « défunt » ou ennemi » de façon que ces derniers ne viennent pas hanter les vivants. On sait que le déterminant définit la catégorie dans laquelle évoluent les mots. Les ennemis représentent des candidats au suicide par excellence : l’ennemi  a vocation à abréger de lui-même son existence.  
A cette conception ancienne s’oppose une conception récente fortement empreinte de la  civilisation grecque.
Sydney Aufrère illustre son propos en évoquant quelques cas qui mettent bien en lumière cette empreinte.
Hérodote (II 129-130) rapporte une tradition selon laquelle Mykérinios s’éprit de sa fille et lui fit violence. Il s’ensuivit une série de faits tragiques : la jeune fille s’étrangla, sa mère fit couper les mains des servantes qui l’avaient livrée à son père, les statues représentant les servantes subirent le même sort. Son père l’ensevelit dans une vache. Or les relations incestueuses n’étaient pas  considérées comme immorales dans l’Egypte ancienne. L’attitude de Mykérinios, qui se suicide, laisse à penser qu’il s’agit d’une concession à l’hellénisme (Voir le Mythe des Danaïdes). Ainsi « la fille de Mykérinios se comporte à la manière d’une héroïne grecque face à un tyran égyptien » (Aufrère, p. 286). Selon S. Aufrère, Hérodote pensait à la pendaison, mort maudite par excellence,  sanctionnant les crimes d’inceste. En Grèce, il s’agit, en effet, de la punition que s’inflige la victime. Rappelons que ce supplice, comme dans d’autres civilisations indo-européennes, tend à faire en sorte que la personne suppliciée ne contamine pas le sol avec lequel elle n’a plus de contact.
Le suicide de Sésoôsis est relaté par Diodore de Sicile (I, LVIII). Selon S.  Aufrère, ce récit de Diodore constitue le seul endroit de toute la littérature se rapportant à l’Égypte, où soit faite l’apologie du suicide d’un souverain.  Après avoir surpassé ses prédécesseurs, le souverain, entré dans une phase de sénescence, décide de rejoindre le Léthé. Il était, en effet,  atteint par la cataracte qui annonçait, pour les Egyptiens, la mort ou la sénilité. On a supposé, à tort, que ce passage serait une prise de position favorable au suicide royal. En réalité, il s’agit d’un texte qui pose, la problématique de la vieillesse et de la mort, d’une manière typiquement grecque : il est surtout question ici du respect dû au vieillard et aux misères du grand âge.
Le type de mort que choisit Nitocris s’oppose à la conception de la vie et de la mort en usage en Egypte. Nitocris disparaît dans l’incendie qu’elle a provoqué. Or, pour les Egyptiens, la disparition du corps par le feu empêche toute vie posthume et risque de condamner l’âme du consumé à une recherche perpétuelle de son corps. De fait, la condamnation au bûcher était une des peines les plus infâmantes. Elle était appliquée pour les femmes adultères, les parricides ou le blasphème contre Osiris.
Le suicide de Cléopâtre VII Théa est évidemment le plus connu du lecteur moderne. La mort revêt la forme d’un aspic dissimulé sous des feuilles dans une corbeille de figues. Il s’agit, en réalité, plus d’une mort théâtrale que d’un fait réel, mais il n’en demeure pas moins que l’aspic ou le cobra est l’animal susceptible d’infliger la mort la plus rapide et la moins douloureuse.
En revanche la mort de Tachos ou Teos ne relève pas du suicide. Le  deuxième souverain de la XXXe dynastie, obligé de se réfugier en Perse après sa défaite contre la dynastie achéménide, semble avoir pâti d’un régime inapproprié. La mort de Téos, en raison d’un régime alimentaire inadapté, emprunté aux Perses, va dans le sens de la critique formulée par les grecs à l’égard de la « gastrôlatrie perse », considérée comme un signe de mollesse orientale (Aufrère, 297).
Conclusion
On voit donc, à travers l’analyse diachronique du suicide, la transformation de la conception traditionnelle du suicide sous l’influence grecque. Maudit à une époque ancienne, fortement associée à la religion et à la magie, il prend, sous l’influence grecque, une autre signification : la conception traditionnelle s’estompe et une modification fondamentale semble s’opérer : le suicide qui est infâmant selon la culture traditionnelle propre à l’Egypte devient une façon d’exalter la figure d’un personnage. On voit très bien, à travers l’exemple du suicide, les divergences qui existent entre les mythes et l’histoire, qui constituent la trame du livre.
 Valérie Faranton, Université d’Arras


[1] Éditions Pages du monde, Paris, 2010, 368 pages. ISBN 978-291586-31-2. Compte rendu sur le site de Catholicae disputationes, le 2 avril 2010. 

mercredi 11 août 2010

Le Sel de la terre été 2010


Toujours aussi passionnant ce numéro brille par sa diversité comme par son sens de la vérité. Retenons cette formule prononcée par Marcel Lefèvre, simple prêtre et rappelée opportunément dans la recension consacrée aux homélies de Mgr Lefèvre[1] : « L’Eglise catholique est missionnaire, l’Eglise catholique n’est pas œcuménique ».
Bonne recension aussi sur Les Nazaréens français, théorie et pratique de la peinture religieuse au 19e siècle. Comme le signale aussi le Frère E.M.,  « ce livre passionnera tous ceux qui s’intéressent à la peinture religieuse  et à l’histoire du 19e siècle ».
Nous retiendrons particulièrement l’article de Louis de Rouvray « L’œuvre législative de l’empereur Constantin, entre paganisme et christianisation ». L’auteur  montre l’ambiguïté de la politique de cet empereur (306-337) vénéré par les orthodoxes comme un saint. Chez les orthodoxes la canonisation se présente surtout comme un fait liturgique. Elle porte moins sur le saint lui-même que sur son culte[2].
Si l’œuvre de Constantin marque une orientation nouvelle dans l’histoire du christianisme, l’ambiguïté même de cet homme est bien mise en valeur par l’auteur de l’article. Cependant le tableau qu’il fait de l’empereur relève quelque peu de l’hagiographie. Constantin, qui supprima sa femme Fausta et son fils Crispus, a eu beaucoup de sang sur les mains. Doit-on rappeler que Constantin fut baptisé au moment de sa mort par l’évêque très peu orthodoxe Eusèbe de Nicomédie ? On a pu contester  la véritable nature de la conversion de Constantin, n’y voyant rien d’autre qu’une tentative habile pour contrôler l’Eglise et  circonscrire ainsi l’opposition venant de celle-ci.
On regrettera que les effets de la politique impériale ne soient pas évoqués dans l’article de Louis de Rouvray. Plus par ambition que par conviction les hommes rejoignirent en masse l’Eglise, ce qui a eu pour effet de l’affaiblir et de lui faire perdre sa liberté spirituelle. L’auteur n’analyse pas non plus la nature du pouvoir de Constantin. On aurait tord d’affirmer que Constantin s’appuya sur son titre romain de Pontifex Maximus. De fait, comme le font remarquer Francis Dvornik, et Edwar G. Farrugia[3],   Constantin régna en tirant son inspiration de la notion grecque de la royauté  selon laquelle le souverain représentait la divinité sur la terre et en tant que tel il prétendait conduire l’homme vers Dieu.
On ne peut pas lui appliquer le terme de césaropapisme, la religion chrétienne ne deviendra religion d’Etat qu’à l’époque de Théodose (379-395).

Pierre Essain
.
[1] Homélies et Allocutions (vol. 4), Ecône,  service d’enregistrement- Séminaire Saint-Pie-X, 2 CD.
[2] Voir l’article de Edwar G. Farrugia, « Doit-on préférer Néron à Constantin ? »,  Méditerranées, 28, Paris, 2001, 79- 102, avec de bonnes références bibliographiques.
[3] Francis Dvornik, Early Christian and Byzantine Political Philosophy : Origins and Background, Washington, 1966, II, 637. Pour Edwar G. Farrugia, article cité en n. 2.

Jack Kerouac : "the beat generation"


L’œuvre de Jack Kerouac connaît un grand succès de librairie à l’heure actuelle. Son livre mythique Sur la route vient d’être réédité chez Gallimard, sous le titre Sur la route. Le rouleau originalOn sait que le livre a écrit en trois semaines sur un rouleau de 30 mètre de long.
Christian  Bac nous propose aujourd’hui une lecture insolite de l’auteur en rapprochant le livre fétiche de Big sur.
On the road   et  Big sur constituent l’amont et l’aval de son très long et périlleux voyage à travers les Etats- Unis. Ce voyage dont il dénonce dans Big sur tous les dangers, les absurdités et les regrettables erreurs.
   Au carrefour de sa vie, il perçoit la croix du Christ qui le console, et nous sommes étonnés de voir que les quelques lignes sur la croix du Christ prennent dans sa vie  une si grande place.  
    Jack Kerouac sera le premier à parler de « beat generation » pour caractériser un mouvement « littéraire » et artistique. Ce nouveau courant de pensée se traduit par un pessimisme consternant qui ouvre la voie à la drogue et à tous les modes de vie que le mot « beat » exprime bien, car il évoque tout ce qui est cassé et fatigué dans une société, bien que Jack  Kerouac ait fini par se moquer lui-même de cette définition, en y apportant un sens religieux avec un rituel particulier.   
  Jack  Kerouac (1922 1969) un représentant de la « Beat Generation » nous relate ses aventures dans son œuvre principale intitulée On the road écrite en 1951. Il nous fait découvrir un chemin que d’autres vont prendre à sa suite. Il s’agit de chanteurs, de musiciens, de poètes qui vont constituer une impressionnante et nébuleuse galaxie par la force qu’elle dégage dans le monde de l’édition comparable à celle d’Harry Potter de J.K. Rowling dont le succès en librairie et au cinéma nous étonne encore. Cette génération est à la recherche d’une nouvelle culture qu’elle va chercher dans les religions orientales.  On associe à cette génération Allen Ginsberg, William Burroughs, Neal Cassady par exemple.
   La route dont nous parle Jack Kerouac est une voie de communication très particulière que beaucoup de jeunes empruntent encore dans une quête infinie pour atteindre un lieu mythique. La route devient le symbole et la philosophie d’une génération inquiète et inquiétante qui va trouver refuge dans la drogue et les rencontres fortuites. Cette route s’intériorise en s’organisant dans un labyrinthe d’utopies sans fin et un égarement difficilement supportable sans la drogue.
 Le dernier ouvrage de Jack Kerouac manifeste son profond désarroi, et son grand regret devant les années qu’il a passées  en marge du réel ; pour avoir vécu sur une route dont les panneaux avaient été remplacés par la fantaisie de son imagination désordonnée.
  Cet ouvrage est rythmé par des mots qui reviennent fréquemment tels que « cauchemar », « fou », « obsédé ». Pourtant d’une manière paradoxale, la lumière de la réalité vient balayer le brouillard dans lequel il a enfermé sa vie et il devient lucide au point de voir l’existence telle qu’il aurait toujours dû la voir mais l’usage de la drogue, du tabac et le style de vie qu’il a choisis lui enlèvent la  force physique et psychique d’en jouir encore longtemps, car il sait qu’il a par tous ces abus écourté sa vie. En effet, il devait mourir à l’âge de quarante sept ans.  
  Continuons la lecture du même ouvrage. Il proclame dans les premiers chapitres, la beauté de la nature et le mystère de l’existence.  Les objets les plus simples sont aussi l’objet de son admiration « quand on songe à l’inutilité d’articles coûteux que j’ai achetés et dont je me suis jamais servi » page 52. Il critique sévèrement le  monde d’Hollywood « deux chemises ridicules achetées pour Hollywood » page 53.Il fait parler la nature, et son dialogue avec la mer est impressionnant : « je reste tout bonnement assis, écoutant parler les vagues qui vont et viennent sur le sable, sur des tons de voix différents »pages 50 51 
 Contre toute attente,  à un moment nous voyons apparaître la croix, page 267 dans Big sur de Jack Kerouac (collection Folio) : « soudain je vois la Croix, plus petite cette fois, plus loin, mais tout aussi nette et je dis, essayant de dominer toutes ces voix : ‘’ Je suis avec toi, Jésus, pour toujours, merci ‘’. Je reste là étendu, inondé d’une sueur froide, me demandant ce qui m’arrive depuis tant d’années ; mes études sur le bouddhisme, les pipes que je fumais  m’assuraient les méditations sur le vide et tout d ’un coup la Croix apparaît devant moi. »
      Cet ancien étudiant de l’université de Columbia connaît bien ses classiques : ni  Rimbaud ni Dostoïevski qui ne sont étrangers à sa culture ne semblent pas lui avoir donné la direction  pour construire sa vie  autrement.   
   Il garde son émerveillement de la nature qu’il connaît bien et ses descriptions ne manquent pas d’intérêt. Son regard s’éloigne du consommateur pour se rapprocher davantage de celui de saint François d’Assise mais pas suffisamment pour connaître la paix, car le temps qu’il a perdu sur les routes non balisées l’empêche de revenir à l’essentiel de la vie.
   Une route a normalement un début et une fin pour toute personne qui a un projet et un idéal. Le pèlerinage à Saint Jean de Compostelle a ses chemins qui sont orientés dans une direction et un but précis.   Mais, dans le contexte culturel de l’époque en Amérique, la route avec ses points de repères  doit être dépassée. Cet aspect, très matériel de la route, doit s’associer à une imagination débridée qui s’exprime dans l’excentricité et l’occultation du Réel.
  Pourtant dans son premier ouvrage Jack Kerouac manifestait déjà un malaise certain avec son compagnon de route Dean Moriarty dont la conduite le perturbait gravement mais l’attirait irrésistiblement. En effet, à la page de couverture de son premier ouvrage Sur la route  chez Folio nous pouvons lire : « Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui » ou encore dans ce même ouvrage à la page 354  il est question « des excentricités de Dean ». page 294 nous lisons « Ils ont acheté du vin et se sont mis à boire du vin, ceci sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits pendant lesquels je restais blotti à chialer dans un coin, et quand ils ont eu fini, ils avaient dépensé jusqu’au dernier sou et nous sommes retournés à notre  point de départ » Ces scènes de beuveries sans fin se répètent à différents moments de cet ouvrage page 355 « A New York, on cavalait toujours frénétiquement de beuveries en beuveries avec des foules d’amis »  et tout le long de l’ouvrage on entend jurer. Dans toute cette grisaille quelques lignes de ciel bleu page 420 « C’était comme les yeux de la Vierge Marie quand elle était bébé. On y  distinguait le tendre et miséricordieux regard de Jésus »    
     Cette route mythique va quelques années après rejoindre la Grande Bretagne avec son cortège de chanteurs tels les « Beatles » qui vont recevoir de la part de « l’establishment » une reconnaissance officielle. En effet, la reine d’Angleterre en 1965, les élève à la dignité de membres de l’Empire britannique. Cette musique est à l’image de la  jeunesse bouillonnante d’après guerre qui recherche en apparence une autonomie totale par rapport à tout ce qui organise une société cohérente. Cette musique est entraînante elle est rythmée comme peut l’être la musique militaire ; d’où les grands rassemblements de jeunes qu’elle suscite. Cette musique  stimule les ventes de disques avec la force intense de la publicité.
   Ce cyclone musical va bientôt frapper toute l’Europe et se retourner vers les Etas - Unis d’où il a pris naissance. John Lennon  s’établira plus tard à New York et se présentera comme un guide d’une spiritualité  qui s’exprime dans la contradiction puisqu’il va faire la promotion d’une société dégagée des biens matériels alors qu’à sa mort, comme le rappelle Patrick Buchanan dans son ouvrage intitulé The death of the West page 55  « il laisse à sa famille une fortune évaluée à 250 million de dollars qui fait de lui l’homme le plus riche des Etats-Unis ».Dans ce même ouvrage nous apprenons que John Lennon affirmait que la foi chrétienne devait disparaître : « l’avenir me donnera raison, nous sommes plus populaires que Jésus lui- même » page 55.          
   Quand nous lisons  Big sur  Jack Kerouac  semble avoir quitté la route dangereuse qu’il avait prise. En fait, il ne peut plus la quitter, et nous avons l’impression qu’il ne fait  plus la distinction entre le jour et la nuit, car le jour ressemble dans son œuvre à la nuit ; et la nuit qui devrait être vécue comme un moment privilégié pour réparer ses forces ne lui donne plus que des cauchemars. Hélas le jour ne fait chez lui que mettre en évidence l’échec de sa vie. Mais la croix du Christ lui apparaît et réconforte son esprit si tourmenté. La Croix du Christ ne lui est pas inconnue car elle appartient à la culture qu’il a reçue. Elle lui est apparue comme la seule possibilité de réconciliation face aux  nombreuses blessures de sa vie qui nous remplissent de compassion.
Christian Bac 

mardi 3 août 2010

A propos de la définition de la sainte messe


Dans le journal Présent du 17 juillet 2010, l’abbé Barthe attire notre attention sur une longue note de l’abbé Cellier parue dans la Lettre à nos frères prêtres de juin 2010 et intitulée « Retour sur la propitiation » en nous rappelant  l’une des définitions les plus célèbres du Concile de Trente (Chapitre II du décret sur le sacrifice de la messe). « Parce que, dans le divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même  Christ est contenu et immolé de manière non sanglante ; lui qui s’est offert une fois pour toute de manière sanglante sur l’autel de la Croix, le saint Concile enseigne que le sacrifice est vraiment propitiatoire » S’il se fait que , si nous approchons de Dieu avec un cœur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce d’un secours opportun. Apaisé par l’oblation de ce sacrifice, le Seigneur en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes. L’abbé Barthe nous rappelle également le Catéchisme romain, leCatéchisme de saint Pie X, l’encyclique Mediator Dei de Pie XII de 1947, qui évoque un vrai sacrifice au sens propre ». 
L’auteur fait état d’un article de l’abbé Cellier qui met en lumière une étonnante modification intervenue entre la première édition du Catéchisme de l’Eglise catholique  en 1992 et l’édition de 1997. Cette modification touche la définition de la messe et son caractère propitiatoire.
L’abbé Cellier distingue fort opportunément les trois phases dans l’affirmation ou la non affirmation du caractère propitiatoire de la messe, depuis Vatican II.
  1. une phase d’effacement du caractère propitiatoire de la messe
  2. Le numéro de 1992 on omet l’affirmation finale contenue dans la définition du concile de Trente : « ce sacrifice (qui s’accomplit à la messe) est vraiment propitiatoire » 
  3. Ce silence a été comblé partiellement en 1997  par la première édition du Catéchisme del’Eglise catholique « Ce sacrifice est vraiment propitiatoire ». Ainsi cinq ans après donc l’édition de 1997 on a corrigé très opportunément cette lacune Mais il ne semble pas que cette édition annule la précédente.
Aujourd’hui il apparaît que deux doctrines coexistent. Comme dans le cas de la messe, il existe une forme extraordinaire, qui proclame la non-abolition de la doctrine officielle de la non-abolition, et une forme ordinaire avec l’absence de formulation.
Pierre Essain

mercredi 7 juillet 2010

A manuscript found in a remote Ethiopian monastery could be the oldest illustrated Christian work in the world, experts have claimed


By Laura Roberts
Originally thought to be from around the 11th century, new carbon dating techniques place the Garima Gospels between 330 and 650 AD.
The 1,600 year-old texts are named after a monk, Abba Garima, who arrived in Ethiopia in the fifth century.
According to legend, he copied out the Gospels in just one day after founding the Garima Monastery, near Adwa in the north of the country.
The vividly illustrated pages have been conserved by the Ethiopian Heritage Fund and it is hoped that the two volumes will be made available to visitors to the monastery which is in discussions to start a museum there.
Illustrations of the saints Matthew, Mark, Luke and John are all included in the book along with what may be the first ever Christian illustration of a building, the Temple of the Jews.
The Garima Gospels, which are believed to have magical powers, have never left the monastery.
They were written on goat skin in the early Ethiopian language of Ge'ez and are thought to be the earliest example of book binding still attached to the original pages.
The earlier date given to the manuscripts coincides with Abba (Father) Garima's arrival in Ethiopia from Constantinople in 494 AD adding weight to the legend that he was responsible, at least in part, for writing the texts.
Mark Winstanley, who helped to carry out the conservation, said: "The monks believe that the book has the magical powers of a holy text. If someone is ill they are read passages from the book and it is thought to give them strength. Although the monks have always believed in the legend of Abba Garima the new date means it could actually be true."

jeudi 1 juillet 2010

Apogée du nouvel Empire Hittite


Note de voyage. Le voyage organisé en Turquie a été l’occasion de lire L’apogée du nouvel empire hittite (Les Hittites et leur histoire de Jacques   Jacques Freu et Michel Mazoyer, Paris, 2010).
L’ouvrage consacré par Jacques Freu et Michel Mazoyer qui ont travaillé sur les lieux mêmes où ont vécu les habitants de cette prestigieuse civilisation si éloignée dans le temps (1800 avant Jésus- Christ) et pourtant si proches par les préoccupations que nous partageons encore avec eux, suscite notre admiration.
Nous ne noterons ici que quelques éléments qui nous  ont interpellés en tant que Chrétiens. Voici quelques points convergents entre la religion hittite et la religion chrétienne, que nous relevons en toute naïveté au cours de notre lecture. 
Les offrandes
La place importante du pain et du vin.
A la page 392 de cet ouvrage nous pouvons lire « il rompt trois pains blancs de sacrifice, avec un rouge au milieu... Il les place sur la table du Dieu de l’Orage ». Le Christ va utiliser le pain qui occupe  toujours une  place importante au cœur de l’existence humaine pour nous attirer à lui, et en lui, par la transsubstantiation qui manifeste la présence vraie, réelle et substantielle de sa personne. Dans les textes qui vont de la page 390 à 393 le mot pain est récurrent, de même que dans les  passages précédents.  
«  Le vin est assimilé au sang du dieu. On boit au cours des sacrifices le sang du dieu. Littéralement on boit le dieu ».
« Le sacrifice sanglant permet la réconciliation entre les dieux et les hommes et une symbiose entre eux ».
Ces deux constatations faites par Michel Mazoyer nous font penser à la profondeur de l’institution eucharistique. Le pain et le vin utilisés  dans le domaine sacré par les Hittites, nous montrent l’étonnante maturité spirituelle de cette civilisation. La prière qu’ils adressaient à leur dieux manifestait une intuition pour dialoguer avec l’invisible qui nous émeut. « Une certaine forme de monothéisme voit le jour. » nous fait remarquer Michel Mazoyer.
Les hittites étaient profondément religieux et leur liturgie était très soignée. Leurs racines plongeaient elles aussi dans le  Ciel  et le dialogue qui s’était établi avec les dieux  passait par la prière qui n’était jamais négligée car ils avaient  conscience que sans les dieux ils ne pouvaient rien faire. Cela nous donne à penser que ces hommes étaient déjà en marche vers l’étoile qui allait guider les mages.  Ainsi nous pouvons lire « Moi, j’ai justement trouvé refuge chez le Dieu de l’Orage, mon maître, et il m’a maintenu en vie ! » page 402
« Entre les dieux et les hommes, l’amour et la tendresse occupent une place essentielle »  souligne Michel Mazoyer. A la page 328 nous retrouvons cet aspect dans les phrases qui suivent « Et plus j’ai grandi, plus j’ai éprouvé la pitié de mon dieu et sa sagesse en toute chose ». L’amour et la tendresse ne sont certes pas non plus absents dans le passage sur l’intercession que nous allons évoquer.       L’intervention d’un intercesseur  Page 394  « si tu parles favorablement aux dieux et que tu sauves ton serviteur , que tu accordes de longues années , mois et jours , je viendrai et je ferai exécuter une statue en argent aussi grande que Hattusili,  avec sa tête ,ses mains, et ses pieds en or , que je pèserai séparément »   Nous sommes bien ici en présence d’ une prière de demande que les croyants font encore aujourd’hui, pour obtenir l’intercession d’un saint, et nous voyons mieux comment la révélation  a transfiguré  la dimension religieuse, innée chez l’homme.
Le recours aux matériaux précieux est la marque de leur éternité. De la structure même de cette prière se dégage l’essentiel de la vie spirituelle que la révélation chrétienne viendra enrichir d’une manière sublime. Les mots prennent  une certaine dimension  poétique, car ils évoquent des métaux précieux tels que l’or, l’argent, toujours utilisés pour solenniser les grands moments de la vie cultuelle dans l’Eglise. Nous saluons au passage la traduction des textes hittites, un exercice auquel les auteurs ont apporté un soin particulier pour nous faire goûter à la qualité de ces textes restés inconnus pendant des siècles, jusqu’en 1915 !
Les Hittites avaient le sens de l’éternité. C’est pourquoi ils construisaient leurs villes sur la pierre pour qu’elles ne meurent pas. Cela nous fait penser aux paroles du Christ qu’il a adressées à Pierre « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Par ailleurs, les Chrétiens ne sont pas comparés à des pierres vivantes ?
La notion de bien et de mal si importante pour le maintien d’une civilisation était présente. Nous pouvons le constater dans le passage suivant page316  « Dieux mes maîtres, accueillez ces paroles que j’adresse uniquement comme plaidoirie aux Dieux, et qui sortent  de ma bouche d’homme »et un peu plus loin « Dieux, mes maîtres, accueillez ces paroles que j’adresse en guise d’excuse aux dieux »   Les mots eux-mêmes dans ce court passage, constituent un appui ferme pour demander le pardon en la personne d’un humble avocat  afin de réparer le mal.  Nous pensons à l’Esprit-Saint, puissant défenseur  et avocat promis par le Christ.
Les mots chez les Hittites  étaient utilisés  avec soin et respect alors que trop souvent dans notre société de consommation les mots sont dépréciés. Ils savaient qu’avec les mots de leurs prières adressées aux dieux, ils pouvaient communiquer avec efficacité, pour résoudre les problèmes de leur existence. Nous pouvons lire à la page 394  «  La parole semble dotée d’une valeur magique. On répète la prière le nombre de fois qu’on le juge nécessaire.  »  
Il y a quelque chose de permanent dans la vie spirituelle de l’homme qui s’émerveillera toujours, comme l’ont fait les Hittites, sur le sens du beau et du vrai avec les symboles dont nous pouvons apprécier la correspondance d’une civilisation à l’autre sans tomber dans l’erreur qui constituerait à dire que le christianisme est une évolution naturelle des religions environnantes.
La lumière de la révélation nous fait davantage respecter et comprendre ces grandes civilisations dont la dimension religieuse occupait une grande place. D’aucuns pensent que c’était une représentation naïve et primaire du monde, sans se rendre compte que leur religion était l’élément moteur de leur  riche civilisation à la recherche de la vérité.  
A la lumière de la révélation, nous mesurons l’aspect novateur de cette grande civilisation dont on n’a pas fini de découvrir toute la richesse, et nous recommandons la lecture de ces ouvrages qui nous permettent de considérer le passé de cette ancienne civilisation différemment.  
Christian Bac    

lundi 28 juin 2010

The muslim past


By MAX RODENBECK

    FAITH AND POWER
    Religion and Politics in the Middle East
    By Bernard Lewis
    208 pp. Oxford University Press. $24.95

     MUHAMMAD AND THE BELIEVERS
     At the Origins of Islam
     By Fred M. Donner
     Illustrated. 280 pp. The Belknap Press/Harvard University Press. $25.95

In the United States, a country saturated with instant punditry, serious scholars rarely attain celebrity as public intellectuals. Yet Bernard Lewis, a professor emeritus of Near Eastern studies at Princeton, has long radiated influence far beyond his specialization in Ottoman studies. A friend of Henry Kissinger and a mentor to subsequent cohorts of conservative policy makers, Lewis arguably has done more than any Mideast expert to mold American attitudes to the region. 
His latest book, “Faith and Power,” a collection of essays, lectures and speeches from the past two decades loosely linked to the theme of relations between Islam and the state, reminds us why. Lewis is a fine writer, with a commanding authorial voice that sweeps magisterially across the ages. His linkage of diverting historical anecdotes to pressing current issues and his skill at contracting complex ideas into clever apothegms do much to explain his appeal to politicians in search of a punchy quote. 
Here, for instance, is Lewis contrasting political structures at home and abroad: “In America one uses money to buy power, while in the Middle East one uses power to acquire money.” Even a subject as vexed as the search for Arab-Israeli peace boils down to this satisfyingly pithy formula: “If the conflict is about the size of Israel, then long and difficult negotiations can eventually resolve the problem. But if the conflict is about the existence of Israel, then serious negotiation is impossible.” 
Such distillations can be salutary, but may also prove dangerously reductionist. Take Lewis’s remark that democracies do not make war, and dictatorships do not make peace. This glib elaboration of a neoconservative mantra is easily challenged. The strongmen who ran Grenada, Panama and Iraq may have been bad guys, but there is no disputing that it was the United States that attacked them, not the other way around. The Egyptian dictator Anwar Sadat made peace with Israel, not the democratically elected Hamas party. 
Yet Lewis blithely hoists his rhetoric to even more contentious heights. Like Nazi Germany and Communist Russia, he asserts, Middle Eastern dictators need war to justify their tyranny. This means peace will come only with their collapse or their defeat. In other words, democracies must clobber every dictator. And that’s not all. Giving a more specific nudge to policy makers, Lewis pretends to have discerned “deep roots” of democratic traditions in Iraq and Iran, of all places.
Democracy might easily prevail there, he opines, and inspire others in the region, “given the chance.” 
It might be argued that it is hardly Lewis’s fault if some in the Bush administration took such expert advice a little too literally. Yet Lewis himself makes his intentions pretty clear in another essay:
“Either we bring them freedom, or they destroy us.” 
The quaintly missionary idea of “bringing freedom” to benighted peoples may simply betray Lewis’s age: he was born in England in 1916, in the already waning glory of the British Empire. But the shrill alarmism jars with his repute as a historian whose most notable contribution has been to chronicle the relative decline of Islam in the past three centuries. It is a fair judgment to say that the four-fifths of the world’s people who are not Muslim appear in no immediate or even distant danger of extinction at the point of a scimitar. 
If it were only the present that Lewis perceived through a gently distorted mirror, this might not detract from his distinction as a historian. But he gets the past subtly wrong, too, often by omitting vital context. He says that when the Arabs rejected the partition of Palestine in 1947, it was simply because they refused to accept having a Jewish state next door. Yet Arabs were not alone in questioning the United Nations plan to allocate 56 percent of Palestine’s territory to a minority consisting mostly of recent immigrants, which made up barely a third of the population and owned just 7 percent of the land.
Greece, India and Cuba, among others, also voted no, while China, Ethiopia, Colombia, Chile and Mexico abstained. The overriding motive of all these doubters was presumably not bigotry, as Lewis implies, but concern about Palestinians’ rights. 
Modern history may not be Lewis’s forte. Yet even regarding older eras, his views sometimes seem at odds with those of another distinguished historian. Fred M. Donner is a professor of Near Eastern history at the University of Chicago. His new book, “Muhammad and the Believers,” is a learned and brilliantly original, yet concise and accessible study of Islam’s formative first century. 
Western historians have tended to ascribe the astonishing success of the new faith to external factors, like economic and political conditions in seventh-century Arabia. Donner persuasively returns the faith itself to centrality. Equally convincing is his well-documented assertion that Islam, at its origins, was rather different from the religion later understood by either its practitioners or by non-Muslims.
This more sophisticated reading of history explains Islam not as a static doctrine, but as one that evolved from an ecumenical, syncretic, pietist and millenarian cult into a more dogmatic and exclusivist faith. In contrast to Lewis, who depicts Islam as aggressive from the start, Donner shows that contemporary followers of other religions initially, and perhaps even for several generations, regarded Islam as an open-minded and not specially threatening movement with universalist aspirations. A Nestorian Christian patriarch writing to a bishop in A.D. 647 testified not only that his new Muslim rulers were peaceable, but also that they honored priests and bestowed monasteries with gifts. An Armenian bishop recorded around A.D. 660 that the first governor of Muslim Jerusalem was Jewish. 
The documentary evidence suggests that the term “Muslim” came into common use only in the eighth century. The earlier word, “Believers,”described a community that embraced many faiths. gain in contrast to Lewis, Donner shows that while the theocratic leanings of Islam make it seem different from other monotheistic faiths today, at the beginning they merely perpetuated the models of the contemporary great powers, Christian Byzantium and Sasanian Persia. Over time, as Donner shows, doctrinal and dynastic divisions among the Muslims created a need to enforce orthodoxy, rendering Islam more distinct from other faiths and hardening its boundaries.
Indeed, it was Muslim historians themselves, writing only after this process was well under way, who began to portray Islam as having been doctrinally rigid from the start. The Muslim triumphalism that Lewis discerns, it seems, was largely introduced in retrospect, to explain the seemingly miraculous spread of the faith as a result of heavenly favor. Donner’s explanation of the process by which Muslims came to define themselves is both fascinating and enlightening. Surely, this kind of subtle understanding of how history works comes closer to the truth than Lewis’s lapidary pronouncements from on high.

Max Rodenbeck is the Middle East correspondent for The Economist.

samedi 26 juin 2010

What do we really know about the crucifixion of Jesus?


The many different accounts of the crucifixion of Jesus find little support in historical sources. The reason is that antique sources generally lack descriptions of crucifixions, says Gunnar Samuelsson, University of Gothenburg, Sweden, who recently finished his doctoral thesis on the topic. 
Encyclopaedias, monographs and bible commentaries generally agree on the type of punishment Jesus had to endure on Golgotha in Jerusalem.
There is an ample amount of very colourful accounts of crucifixions in the literature, and researchers from all kinds of disciplines seem to endorse them.
'The problem is that descriptions of crucifixions are remarkably absent in the antique literature,' says Samuelsson. 'The sources where you would expect to find support for the established understanding of the event really don't say anything.' 
The 400 page thesis offers the reader samples of antiquity's most terrifying texts and gives examples of mankind's amazing resourcefulness in terms of mind-boggling cruelty against fellow human beings. Samuelsson has studied the available ancient Greek, Latin and Hebrew/Aramaic literature all the way from Homer to the first century A.D. While the texts indicate a vast arsenal of suspension punishments, they do not say much about the kind of punishment the Christian tradition claims Jesus was forced to endure. 
The thesis shows that although the studied texts are full of references to suspension of objects and the equipment used to this end, no reference is made to 'crosses' or 'crucifixion'. Samuelsson therefore concludes that the predominant account of the destiny of Jesus is not based on the antique texts, but rather on for example the tradition of the Christian church and artistic illustrations. 
'Consequently, the contemporary understanding of crucifixion as a punishment is severely challenged. And what's even more challenging is that the same can be concluded about the accounts of the crucifixion of Jesus. The New Testament doesn't say as much as we'd like to believe', says Samuelsson.