lundi 1 novembre 2010

La religion communiste


Les disciples des grands révolutionnaires du XXe siècle interrogés par Thierry Ardisson.
Pour les conséquences que l'on peut en déduire, nous laissons à chacun le droit de méditer.

mercredi 20 octobre 2010

Du Caractère surnaturel de certains éléments naturels


1.     La lumière
 La lumière, l’eau  et la terre sont des réalités matérielles  très présentes dans les saintes écritures, et  les commentaires exégétiques ne manquent pas, pour  nous renvoyer aux réalités supérieures et immatérielles auxquelles elles nous conduisent, et sur lesquelles d’ailleurs s’appuient les sacrements. C’est pourquoi nous voudrions réfléchir sur la lumière qui n’a pas seulement un aspect purement naturel.  Aussi,   pour entrer en elle,  Il est sage de relire le prologue de l’évangile de Jean 1  4-5.   « De tout être il était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres n’ont pu l’atteindre »
   Cette réalité matérielle qui nous renvoie à une réalité surnaturelle n’est pas toujours reçue par l’homme de notre temps comme un  don qui est source d’émerveillement et de joie car nous restons quelquefois  en quelque sorte extérieurs, habitués voire, indifférents à cette lumière sans laquelle pourtant,  nous ne pourrions rien faire de nos yeux. C’est pourquoi Jésus donne la vue à l’aveugle né qui mieux que d’autres est capable de mesurer la puissance et la grandeur de ce geste miraculeux, première étape vers la montée sur le mont Thabor,  pour y découvrir le monde surnaturel avec les yeux de Pierre,  de Jacques et de Jean  qui eux, vont connaître la  lumière de la transfiguration.
    La vue apparaît alors comme le don de Dieu car leur capacité à voir la lumière de Dieu s’élargit, et surpasse infiniment tout ce que nos yeux sont pour le moment capables de voir. La vue et la lumière sont deux réalités indissociables car  Dieu est tout à la fois  vision et  lumière, et créateur de ces deux réalités qui atteignent leur perfection en Lui.
  Dieu nous donne la lumière et la vue car la vue sans la lumière ne sert à rien et réciproquement.  L’aveugle né attendait cette lumière qu’il demande à Jésus mais il savait intuitivement ce qu’elle signifiait, mieux que certains qui  paradoxalement se complaisent dans les ténèbres, alors que la vue qui leur a été donnée dès la naissance leur permettrait de la chercher. Nous aussi, nous devons nous mettre dans la disposition d’esprit de l’aveugle né pour mieux saisir spirituellement la Lumière qui s’incarne en Jésus.  
  Nous pouvons difficilement imaginer les impressions et sentiments que l’aveugle né a ressentis après qu’il a recouvré la vue. Sans doute est-il nécessaire de penser à la période où nous étions enfants pour mieux le comprendre, période pendant laquelle nous buvions de nos yeux le monde qui s’offrait à nous. 
  Relisons le passage de Jean 9  13 « Comment donc tes yeux se sont ils ouverts ? Il répondit :   c’est celui qu’on appelle Jésus qui a fait de la boue ; il m’en a enduit les yeux  et m’a dit : va te laver  à Siloé. Alors je suis parti, je me suis lavé et j’ai vu ». De ce passage se dégage une immense lumière qui s’inscrit dans un contexte de la vie de tous les jours structuré par des traditions et des symboles très puissants qui nous renvoient au début de la création avec la boue que Jésus applique comme un pansement ; et Siloé nous fait penser à notre baptême où nous recevons la lumière du Christ. Nous remarquons au passage que l’aveugle né a dû être accompagné pour atteindre la piscine de Siloé. Ce qui représente un effort et une démarche de foi réciproques.      
  La lumière que donne Jésus ne peut pas être atteinte par les ténèbres car Jésus est lumière, comme nous pouvons le lire dans le prologue de Jean 1, 9 : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme ; il venait dans le monde ».
 Une trop forte lumière est aveuglante ce qui effraie les disciples : « ils étaient saisis de frayeur » Marc 9,1. Et celle qui nous sera donnée par la grâce de Dieu est celle que sur le mont Thabor, les disciples ont eu le privilège de voir. Ils avaient pourtant la possibilité de voir tous les jours, en la présence de Jésus, la lumière du monde !  Sur le Mont Thabor ils étaient donc, dans un premier temps, dans la situation de l’aveugle né ou du nouveau né pour accueillir cette lumière surnaturelle. Relisons le passage sur la Transfiguration (Luc 9. 28-29) : « Or, environ huit jours après cet entretien, prenant avec lui Pierre, Jean  et Jacques, il gravit la montagne pour y prier .Et pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent d’une blancheur fulgurante ». La prière ne nous éclaire-telle pour mieux voir ? Les nombreuses prières que l’Eglise nous recommande sont lumineuses : dans le veni creator nous chantons : « Accende lumen sensibus », allume en nous ta lumière et dans le veni, sancte spiritus « envoie du ciel un rayon de ta lumière » O lux beatissima, « O lumière bienheureuse ».      
      La lumière qui nous est donnée par le soleil créé par Dieu ne devrait-elle pas nous préparer à cette Lumière du Verbe ? Edmund Burke dans son ouvrage intitulé Une enquête philosophique sur le beau et le sublime aux pages 102 et 103 nous parle de l’obscurité, une manière de nous parler indirectement de la lumière :  « la nuit s’ajoute à la peur … les pouvoirs despotiques fondés sur la peur ne montrent pas leurs chefs aux yeux du public …presque tous les temples des païens étaient obscurs…les druides faisaient leurs cérémonies au cœur des forêts les plus sombres ».Ces passages nous rappellent que Jésus est « lumière des nations ». Edmund Burke nous mettait déjà en garde contre tous les systèmes obscurantistes et oppressifs qui détruisent la liberté de voir par soi même. C’est à la lumière du jour et en public que Jésus opérait ses miracles.         
     Dans l’ouvrage de Vladimir Lossky intitulé Théologie mystique de l’Eglise d’Orient à la page 216, nous pouvons lire le passage  tiré de saint Syméon le Nouveau Théologien : « Dieu est lumière et ceux qu’il rend dignes de le voir le voient comme Lumière… elle transforme en lumière ceux qui l’ont reçu comme Lumière ». Ce passage est à rapprocher de la prophétie de Siméon  Luc 2, 29 : « Maintenant, ô Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix ; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple ». Cette lumière qu’il attendait, s’est manifestée en Jésus nouveau né, au temple où il avait espéré dans la méditation de pouvoir un jour la contempler. C’est donc par la prière, puisque Jésus était en prière sur le Mont   Thabor, que nous pouvons la recevoir pour conduire nos vies.                                                                                                                                                                                                                                                                                           Christian Bac

jeudi 7 octobre 2010

Béatification du Cardinal Newman



Kto proposait hier soir une émission consacrée au portrait du grand théologien anglais. "Pour cette première émission de la saison, la Foi prise au Mot vous propose de revenir sur la figure attachante de ce grand intellectuel converti au catholicisme. Qui était le cardinal Newman ? Quelle est sa théologie ? Pourquoi a-t-il mérité d'être béatifié. Nous répondrons à toutes ces questions et bien d'autres en compagnie de Jean Rencki prêtre responsable du secteur de Massy Verrières dans l'Essonne et Grégory Solari essayiste et directeur des éditions Ad Solem."
Vous pouvez voir cette émission en cliquant ici
Nous recommandons, à tous ceux qui voudraient mieux connaître le Cardinal Newman, le livre du Père Keith Beaumont 
JOHN HENRY NEWMANKeith beaumont newman1

Le cardinal John Henry Newman, qui a été béatifié le 19 septembre 2010 par le pape Benoît XVI lui-même, est bien connu comme théologien ; il l'est moins comme guide spirituel. Et pourtant Newman est l'un des grands guides et directeurs spirituels des temps modernes. À travers ses multiples sermons et une correspondance immense, il est devenu le guide spirituel de milliers de personnes. Il montre l'importance d'une juste compréhension des dogmes fondamentaux du christianisme (l'Incarnation, la Trinité) pour l'orientation de notre vie spirituelle ; il intègre la morale à une vision de la vie chrétienne comme « entraînement spirituel » ; et il propose une conception du chrétien non seulement en termes d'un « croire » ou d'un « agir », mais aussi et d'abord en termes de la recherche de Dieu comme une Présence intérieure. Nous pouvons tirer de l'enseignement de Newman un véritable itinéraire spirituel : tel est l'objectif de ce petit livre. Keith Beaumont est prêtre de l'Oratoire et président de l'Association Française des Amis de Newman. Il enseigne la spiritualité aux Facultés jésuites du Centre Sèvres et à l'École Cathédrale à Paris et prêche de nombreuses retraites. Il est l'auteur de plusieurs livres et de nombreux articles sur Newman. Les Cahiers Disputatio publieront un article de Keith Beaumont dans leur prochain numéro consacré à la question de l'Evolution.

Détails sur le produit

  • Broché: 148 pages
  • Editeur : Artege (11 mai 2010)
  • Collection : Spiritualité en poche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2360400037
  • ISBN-13: 978-2360400034

mardi 5 octobre 2010

Réflexion sur l'iconographie et le culte marial


Note parue sur le site de Catholicae disputationes en janvier 2009.
  1. La Vierge à l’enfant de Pierre Essain
  2. Le couronnement de la Vierge de Jean Fouquet (associé à la problématique de la Trinité) de Michel Mazoyer.

      1 - La Vierge à l’Enfant
      Exposition du 17 décembre 2008 au 4 mai 2009
      Cité de l’architecture et du patrimoine

      Depuis sa création en 1882, le musée des monuments français a fait procéder au moulage de nombreuses Vierges à l’enfant. Neuf moulages issus des réserves sont aujourd’hui exposés. Elles illustrent la diversité du thème du  XIIIe au XVI siècle selon le texte d’Odile Welfelé qui accompagne l’exposition.

      La thématique de la Vierge à l’Enfant
      La thématique de la Vierge à l’Enfant a ses racines dans un des dogmes fondateurs du Christianisme : la Vierge Marie est la mère de Dieu. Ce dogme qui figure dans les Evangiles a été défini au Concile d’Ephèse, le 22 juin 431 contre les erreurs de Nestorius, patriarche de Constantinople et accueilli avec une grande joie par le peuple. Il accompagna les pères conciliaires jusqu’à leur domicile avec des flambeaux et des acclamations.
      De ce dogme dérive l’idée développée dès les origines que Marie est associée à son fils dans la mission de restauration du genre humain[1].

      Saint Paul déclare : « De même que, par la désobéissance d’un seul homme, tous ont été constitués pécheurs, de même, par l’obéissance d’un seul, tous seront constitués justes (Rm, 5, 19). »
      Au deuxième siècle saint Justin martyr (+165) écrivait : « Eve, Vierge et sans tâche,  ayant accueilli la parole du serpent engendra la désobéissance et la mort ; mais Marie, acquiesçant la parole de l’ange, engendra celui qui a vaincu le serpent et ses suppôts, anges et hommes ».
      La même thématique se trouve chez saint Irénée (+) et Tertullien, saint Jérôme, saint Ephrem, ou saint Augustin    La façon dont s’expriment les Saints Pères est celle de personnes qui transmettent une vérité révélée transmise par Jésus-Christ et se apôtres. Cet enseignement est commun et pourtant l’origine de ces auteurs est diverse.
      L’opposition entre Eve, cause de notre ruine, et Marie, cause de notre vie, est l’idée commune utilisée pour mettre en relief la mission salvatrice de la Vierge.

      La thématique au Moyen-Age
      Au Moyen Age cette doctrine apparaît dans la liturgie, comme une profession de foi. Jusque dans les bréviaires les plus récents, dans l’hymne des laudes de l’office du commun de la Bienheureuse Vierge Marie.  On lit ces vers attribués à Venance Fortunat (+600) « Ce que la malheureuse Eve nous a ravi. Tu nous le restitues en ton saint Enfant. »[2]
      Entre le XIIIe et le XVe la représentation de la Vierge à l’Enfant oscille entre l’affirmation de la royauté universelle de Marie et l’affirmation de sa nature humaine.
      A l’époque romane,  le thème de la Sedes Sapientae se développe[3]. L’influence byzantine est manifeste[4]. En Auvergne apparaissent des  Vierges de ce type (Vierge de saint Nectaire). Marie est représentée en impératrice. C’est donc la royauté universelle de la Vierge qui est mise en évidence ; cette thématique est affirmée avec force dans l’Apocalypse. La Vierge est Theotokos, « celle qui donne naissance à Dieu », rappelant ainsi sa double maternité. Son Enfant est Dieu et Homme. Généralement strictement centré, l’Enfant fait le geste de la bénédiction et de l’autre main tient un livre. L’aspect hiératique de La Vierge de l’église Sainte-Anne de Gassicourt de Mantes-la-Jolie inspirée de la tradition byzantine attire notre attention. Bien que datée du XIIIe siècle la statue est encore romane. Le plâtre imite le bois peint d’origine. D’une façon singulière, l’Enfant, qui a une figure d’adulte, est assis de biais. Les drapés présentent des cannelures régulières. Les statues de ce type pouvaient être transportées, ou figurer à l’entrée des églises.


      Au XIIIe siècle la Vierge est placée au trumeau des cathédrales. Cette place affirme sa médiation universelle. Elle permet d’accéder à l’Eglise universelle. Elle est coiffée de la couronne de la reine du ciel (affirmation de sa souveraineté universelle). La robe en manche collante est couverte d’un manteau retenu par un cordon. Le corps se déhanche (Paris cathédrale Notre Dame). On donne plus de vie à la statue, elle est plus proche du croyant et de sanctification quotidienne, elle l’accompagne ainsi toute sa vie. Cette volonté se manifeste dans différentes  représentations.

      A la Cathédrale d’Amiens (Cathédrale Notre-Dame), la Vierge dorée est coiffée d’un voile court surmonté d’une couronne, regarde avec un sourire amusé l’Enfant vêtu d’une longue tunique ; il tient un globe qu’il présente à sa Mère. La royauté universelle de la Vierge et du Christ est clairement affirmée. Mais on souligne la dimension humaine du Christ et de la Vierge. La Vierge dorée aura une grande influence sur toute la statuaire qui lui succède.

      Le XIVe siècle la Vierge est coiffée d’une couronne ; elle  sourit parfois mais elle peut être  plus distante. Sa chevelure est formée de  volutes. Couverte d’un manteau aux amples drapés, elle affiche une cambrure du buste et une saillie de la hanche du fait d’un déhanchement. L’Enfant potelé porte généralement un globe (universalité de sa royauté), une fleur (pureté), ou un oiseau,  des fruits (symbolisme divers) (voir Cernay-les Reims et Nanteuil-le-Haudoin). 

      On s’étonne devant la Vierge à double face de Villeneuve-lès-Avignon. Il pourrait s’agir d’affirmer la double nature de l’incarnation (Dieu et Homme).
      La Vierge de la cathédrale de Saint-Dié porte une couronne de rose ; il s’agit  d’un motif  rhénan. Inversement  Les Vierges bourguignonnes, comme celle  d’Autun, ne portent pas de couronne et aucun attribut n’évoque la  sainteté de la Vierge. Le thème de la Vierge allaitant apparaît dans la statuaire au XIVe siècle. On crée une scène de la vie quotidienne (La Vierge normande de Dampierre-Saint-Nicolas). La Vierge est assise ou debout.
      Au début du XVe les gestes de l’Enfant se font familiers. A Quéant l’Enfant s’accroche au fermoir de manteau de la Vierge. L’Enfant est de plus en plus représenté comme un poupon. La scène devient réaliste.

      Aux alentours du XVIe une autre iconographie se répand, celle de la Pieta. Elle associe la Vierge à la passion.
      Pierre Essain


      [1] Voir Mgr de Castro Meyer, « Lettre pastorale sur la médiation universelle de la très sainte Vierge Marie », 1978-79 et réédité dans Le Sel de la Terre 67, pp.55-78 et traduit par l’Abbé Labouche, 2008-2009.
      [2]   Ibid.
      [3] Voir les explications toujours intéressantes d’Odile Welfelé. 
      [4]  Pour quelques lignes sur l’influence byzantine en Occident, on se reportera par exemple au livre de J. Heers,  Le Moyen Age, l’Imposture, p.72, Paris, 1992, 2008. Cette influence a été niée ou minimisée systématiquement par la tradition universitaire 

      2 - Le couronnement de la Vierge de Jean Fouquet
      Le musée Condé de Chantilly conserve 40 des 47 miniatures tirées du manuscrit des Heures d’Etienne Chevalier signé par Jean Fouquet, l’un des peintres les plus importants du XVème siècle. On estime généralement qu’il a renouvelé l’art de son époque en mêlant tradition et modernisme[1].
      On sait qu’un livre d’heures est un recueil de prières, qui varient selon le moment où elles sont prononcées. Chaque mois s’ouvre sur une page contenant une illustration  représentant une activité humaine propre à ce mois, puis, suivent les prières célébrant les grands événements de la vie du Christ et les fêtes religieuses.
      Nous examinerons la représentation de la Trinité, qui constitue une des 40 illustrations tirées du manuscrit du livre des Heures d’Etienne Chevalier. Jusqu'au XIVe  le couronnement de la Vierge par le Christ, le père ou un ange, est courant. Cependant, comme le signale le site internet que le Musée de Chantilly consacre  au travail de Jean Fouquet, l’invention du couronnement de la Vierge par la Trinité (pour voir l’œuvre sur le site de la BNF cliquer sur ce lien) est une nouveauté de la fin du XIVe.
      Dans le ciel, la communauté des saints annonce à l’humanité la promesse de pouvoir être sauvée. Les saints se trouvent près du Trône divin, et non près de la Vierge, qui est représentée seule, agenouillée dans un geste de soumission et d’adoration.
      On assiste donc à un double mouvement vertical, celui du Verbe, qui descend sur la terre, celui des hommes, qui montent au ciel.
      Inversement dans Le couronnement de la Vierge d’Enguerran Quarton (Cliquer ici pour visualiser l’œuvre) la Vierge est dans le ciel. La terre est représentée par deux villes saintes, Rome et Jérusalem. Plus bas encore on voit la représentation de l’enfer et du purgatoire (on peut voir les différentes parties du tableau sur le site consacré au peintre en cliquant ici). La vision est donc plus optimiste chez Jean Fouquet, qui n’évoque que le ciel.
      Dans Le couronnement de la Vierge de Jean Fouquet les trois entités qui constituent la Trinité sont représentées sous une même apparence, celle du Christ. Le Père apparaît donc comme rajeuni et l’Esprit  Saint est anthropomorphisé (ou incarné ?). Le fait de représenter Dieu le père en un double du Verbe en le rajeunissant se retrouve dans la toile de Quarton. Chez ce dernier pourtant l’Esprit Saint présente sa forme traditionnelle, celle d’une colombe.
      De cette humanisation de l’Esprit Saint, il est possible d’établir deux enseignements : d’une part, on  trouve ici l’affirmation de cette idée théologique selon laquelle les trois personnes de la Trinité constituent trois aspects distincts de la même personne, d’autre part, se trouve accentué le rapprochement de la Trinité avec l’humanité. Ici, c’est toute la Trinité qui prend l’aspect du Christ, qui, de ce fait, ne se distingue plus du Verbe. Il existe, à l’inverse, ultérieurement desChrist hérisson 2représentations du Christ dans lesquelles ce dernier se rapproche du Père (voir Hérisson XVIe siècle).

      Hérisson, Le Christ en majesté
      Photo d’André Emmendoerffer Christ hérisson
      Pourtant Fouquet  a su mettre en valeur certaines variations, qui soulignent les différences entre les personnes de la Trinité.
      Le Christ n’est pas assis à côté du Père et du Saint Esprit, mais représenté à côté de Marie. « Sa position en bas des marches suggère qu’il va à la rencontre de l’humanité »[2]. C’est lui qui dépose la couronne sur la tête de Marie, qui est  l’instrument de l’incarnation.
      Curieusement le Saint Esprit  est placé au centre de l’image : il constitue, à travers l’Annonciation,  un autre personnage clef de l’incarnation.
      La posture de Dieu le Père est plus solennelle que celle de l’Esprit Saint : l’aspect de corps suggère qu’il est plus âgé. On remarque que sa main est plus haute que celle de l’Esprit Saint : il est en train de bénir sa création.  C’est lui qui a imaginé comment sauver l’humanité embourbée dans le péché originel.
      Sur la gauche de la banquette se trouve un siège vide ; le Verbe est représenté sous la forme du Christ, descendu sur la terre pour couronner la Vierge. Ceci pose un problème théologique. Le Verbe était-il absent du ciel du fait de l’incarnation ? Inversement chez Quarton on a simultanément une représentation du Verbe et du Christ.
      Un quatrième coussin sur le côté semble représenter un siège destiné à la Vierge, distinct de la banquette. La Vierge a une place à proximité du trône divin.

      ReixachEn comparant ces miniatures avec le tableau de La Trinité de Juna Reixach, commentée précédemment (site 8 juin 2008), on voit combien la représentation de la Trinité est novatrice chez Jean Fouquet. Tout en tenant compte de la tradition, Jean Fouquet communique sa propre interprétation : ce qui importe, pour lui est l’incarnation et non la crucifixion. Sa représentation de la Trinité pose plusieurs questions d’ordre théologique. Le Père est-il plus âgé que le Christ, Le Verbe se dissocie-t-il de la Trinité lors de l’incarnation,  tous les hommes seront-ils sauvés ?

      Michel Mazoyer





      [1] http://crdp.ac-amiens.fr/picar/data/chateau_chantilly_doc/dossiers_pedagogiques_word/dossiers_pedagogiques/fouquet_2.pdf
      [2] Ibid.

      mardi 28 septembre 2010

      Des hommes et des dieux


      Nous vivons une époque où il est de bon ton de fustiger les chrétiens, l’Eglise catholique en particulier. Pourtant, au milieu des protestations indignées – mais de bon aloi – à propos des prêtres pédophiles, un film rencontre un franc succès : le magnifique film de X. Beauvois, qui retrace les derniers mois de la vie des moines de Tibéhirine, assassinés par un groupe d’islamistes fanatiques en 1996.
      Ce film est émouvant à bien des titres, d’abord par la plongée dans la vie monacale : dès la première scène, le ton est donné : on est dans le monastère, les 8 hommes célèbrent l’office ; ils sont très recueillis puis chantent à l’unisson, a capella. C’est ainsi que l’on va cheminer, tout au long du film, avec ces hommes qui ont choisi de se consacrer à Dieu et à leurs prochains : chacun occupe une fonction, l’un s’occupe du potager, l’autre de l’intendance… ; les figures les plus marquantes étant Frère Luc, le médecin qui se consacre aux villageois pauvres ,et Christian, qui dirige la communauté et fait, le premier, le choix de rester ; il montre une fermeté remarquable lors de la première incursion du GIA dans le monastère.
      Ensuite, il y a les paysages arides de l’Atlas, la chaleur, la poussière, la neige l’hiver, la tempête dans laquelle les silhouettes des moines vont s’effacer peu à peu.
      Le film nous émeut par les réflexions qu’il suscite : que signifie devenir moine et consacrer sa vie à Dieu ? Qu’est-ce que vivre en communauté ? Que faire face au danger ? Fuir ou résister ? Le film est scandé par les scènes où les moines se réunissent pour savoir ce qu’il convient de faire ; les antagonismes se font jour, certains aspects les moins nobles des hommes se dévoilent, la tension est palpable à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la grâce l’emporte et qu’ils décident unanimement et tacitement d’aller jusqu’au bout de leur foi, du don d’eux-mêmes.
      Le film nous émeut par les choix opérés par Xavier Beauvois pour filmer ces huit hommes : les gros plans sur les visages, les mains, les scènes de repas, depuis le dîner ordinaire, où ils partagent un plat de frites jusqu’au dîner qui scelle leur apaisement face à la peur et au danger imminent, qui n’est pas sans rappeler la Cène.
      On voit ici des hommes qui ont consacré leur vie à Dieu, qui ont aimé et aidé leurs prochains – Frère Luc soigne, une nuit, un islamiste blessé qu’on lui amène au monastère, comme il soigne tous les villageois qui viennent le consulter pour des pathologies plus ou moins sérieuses – qui ont œuvré pour le rapprochement des cultures, des chrétiens et des musulmans : ils étaient proches des villageois, qui les appréciaient et les invitaient lors de cérémonies familiales. Par leur abnégation, leur force, leur résistance, ces hommes ont gagné, toutefois, une dimension d’icones, si bien que l’on peut dire qu’ils étaient hommes et sont devenus des dieux.
      Valérie Faranton
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      Date de sortie cinéma : 8 septembre 2010
      Long-métrage français . Genre : Drame
      Durée : 02h00min Année de production : 2010
      Distributeur : Mars Distribution 
      Synopsis : Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour…

      Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

      lundi 20 septembre 2010

      jeudi 2 septembre 2010

      Quelques remarques sur le suicide dans l'Egypte ancienne


      9782915867312FS A propos du livre de Sydney Aufrère, Pharaon foudroyé. Du mythe à l’histoire. Éditions Pages du monde, Paris, 2010, 368 pages. ISBN 978-291586-31-2. 

      A notre époque où le suicide, sous la forme de l’euthanasie ou du suicide assisté, apparaît aux yeux de certains comme une manifestation de la liberté individuelle, il nous semble intéressant de voir comment se posait la question du suicide dans l’Antiquité. Nous nous intéresserons aujourd’hui aux conceptions qui prévalaient dans l’Egypte ancienne, en nous appuyant sur la publication récente de Sydney Aufrère, dont Catholicae disputationes a fait précédemment une recension[1].
      L’auteur établit un  clivage entre la culture traditionnelle et la culture fortement marquée par la  culture grecque.

      Dans la culture traditionnelle, on contraint le criminel à se suicider. On veut éviter ainsi la souillure qu’entraînerait une exécution. Il semble que le suicide soit considéré comme la pire des sanctions à l’égard des criminels. Il représente la volonté d’écarter les individus nuisibles pour la société du corps social. Sous le règne des Ramsès III, les conjurés ayant participé à la conspiration du harem sont condamnés à mettre un terme à leur existence. On voit d’ailleurs la différence entre ceux qui devaient se suicider sur le champ et ceux à qui on accordait le privilège de se supprimer « à domicile ». Certains hiéroglyphes en disent long sur le désir de voir disparaître certains êtres nuisibles. Ces représentations sont des incitations magiques.  Le hiéroglyphe, qui avait une vie propre, est susceptible de porter atteinte au propriétaire d’une tombe.  Un cas de suicide préventif est décelable dans les déterminatifs de mots signifiant « défunt » ou ennemi » de façon que ces derniers ne viennent pas hanter les vivants. On sait que le déterminant définit la catégorie dans laquelle évoluent les mots. Les ennemis représentent des candidats au suicide par excellence : l’ennemi  a vocation à abréger de lui-même son existence.  
      A cette conception ancienne s’oppose une conception récente fortement empreinte de la  civilisation grecque.
      Sydney Aufrère illustre son propos en évoquant quelques cas qui mettent bien en lumière cette empreinte.
      Hérodote (II 129-130) rapporte une tradition selon laquelle Mykérinios s’éprit de sa fille et lui fit violence. Il s’ensuivit une série de faits tragiques : la jeune fille s’étrangla, sa mère fit couper les mains des servantes qui l’avaient livrée à son père, les statues représentant les servantes subirent le même sort. Son père l’ensevelit dans une vache. Or les relations incestueuses n’étaient pas  considérées comme immorales dans l’Egypte ancienne. L’attitude de Mykérinios, qui se suicide, laisse à penser qu’il s’agit d’une concession à l’hellénisme (Voir le Mythe des Danaïdes). Ainsi « la fille de Mykérinios se comporte à la manière d’une héroïne grecque face à un tyran égyptien » (Aufrère, p. 286). Selon S. Aufrère, Hérodote pensait à la pendaison, mort maudite par excellence,  sanctionnant les crimes d’inceste. En Grèce, il s’agit, en effet, de la punition que s’inflige la victime. Rappelons que ce supplice, comme dans d’autres civilisations indo-européennes, tend à faire en sorte que la personne suppliciée ne contamine pas le sol avec lequel elle n’a plus de contact.
      Le suicide de Sésoôsis est relaté par Diodore de Sicile (I, LVIII). Selon S.  Aufrère, ce récit de Diodore constitue le seul endroit de toute la littérature se rapportant à l’Égypte, où soit faite l’apologie du suicide d’un souverain.  Après avoir surpassé ses prédécesseurs, le souverain, entré dans une phase de sénescence, décide de rejoindre le Léthé. Il était, en effet,  atteint par la cataracte qui annonçait, pour les Egyptiens, la mort ou la sénilité. On a supposé, à tort, que ce passage serait une prise de position favorable au suicide royal. En réalité, il s’agit d’un texte qui pose, la problématique de la vieillesse et de la mort, d’une manière typiquement grecque : il est surtout question ici du respect dû au vieillard et aux misères du grand âge.
      Le type de mort que choisit Nitocris s’oppose à la conception de la vie et de la mort en usage en Egypte. Nitocris disparaît dans l’incendie qu’elle a provoqué. Or, pour les Egyptiens, la disparition du corps par le feu empêche toute vie posthume et risque de condamner l’âme du consumé à une recherche perpétuelle de son corps. De fait, la condamnation au bûcher était une des peines les plus infâmantes. Elle était appliquée pour les femmes adultères, les parricides ou le blasphème contre Osiris.
      Le suicide de Cléopâtre VII Théa est évidemment le plus connu du lecteur moderne. La mort revêt la forme d’un aspic dissimulé sous des feuilles dans une corbeille de figues. Il s’agit, en réalité, plus d’une mort théâtrale que d’un fait réel, mais il n’en demeure pas moins que l’aspic ou le cobra est l’animal susceptible d’infliger la mort la plus rapide et la moins douloureuse.
      En revanche la mort de Tachos ou Teos ne relève pas du suicide. Le  deuxième souverain de la XXXe dynastie, obligé de se réfugier en Perse après sa défaite contre la dynastie achéménide, semble avoir pâti d’un régime inapproprié. La mort de Téos, en raison d’un régime alimentaire inadapté, emprunté aux Perses, va dans le sens de la critique formulée par les grecs à l’égard de la « gastrôlatrie perse », considérée comme un signe de mollesse orientale (Aufrère, 297).
      Conclusion
      On voit donc, à travers l’analyse diachronique du suicide, la transformation de la conception traditionnelle du suicide sous l’influence grecque. Maudit à une époque ancienne, fortement associée à la religion et à la magie, il prend, sous l’influence grecque, une autre signification : la conception traditionnelle s’estompe et une modification fondamentale semble s’opérer : le suicide qui est infâmant selon la culture traditionnelle propre à l’Egypte devient une façon d’exalter la figure d’un personnage. On voit très bien, à travers l’exemple du suicide, les divergences qui existent entre les mythes et l’histoire, qui constituent la trame du livre.
       Valérie Faranton, Université d’Arras


      [1] Éditions Pages du monde, Paris, 2010, 368 pages. ISBN 978-291586-31-2. Compte rendu sur le site de Catholicae disputationes, le 2 avril 2010. 

      mercredi 11 août 2010

      Le Sel de la terre été 2010


      Toujours aussi passionnant ce numéro brille par sa diversité comme par son sens de la vérité. Retenons cette formule prononcée par Marcel Lefèvre, simple prêtre et rappelée opportunément dans la recension consacrée aux homélies de Mgr Lefèvre[1] : « L’Eglise catholique est missionnaire, l’Eglise catholique n’est pas œcuménique ».
      Bonne recension aussi sur Les Nazaréens français, théorie et pratique de la peinture religieuse au 19e siècle. Comme le signale aussi le Frère E.M.,  « ce livre passionnera tous ceux qui s’intéressent à la peinture religieuse  et à l’histoire du 19e siècle ».
      Nous retiendrons particulièrement l’article de Louis de Rouvray « L’œuvre législative de l’empereur Constantin, entre paganisme et christianisation ». L’auteur  montre l’ambiguïté de la politique de cet empereur (306-337) vénéré par les orthodoxes comme un saint. Chez les orthodoxes la canonisation se présente surtout comme un fait liturgique. Elle porte moins sur le saint lui-même que sur son culte[2].
      Si l’œuvre de Constantin marque une orientation nouvelle dans l’histoire du christianisme, l’ambiguïté même de cet homme est bien mise en valeur par l’auteur de l’article. Cependant le tableau qu’il fait de l’empereur relève quelque peu de l’hagiographie. Constantin, qui supprima sa femme Fausta et son fils Crispus, a eu beaucoup de sang sur les mains. Doit-on rappeler que Constantin fut baptisé au moment de sa mort par l’évêque très peu orthodoxe Eusèbe de Nicomédie ? On a pu contester  la véritable nature de la conversion de Constantin, n’y voyant rien d’autre qu’une tentative habile pour contrôler l’Eglise et  circonscrire ainsi l’opposition venant de celle-ci.
      On regrettera que les effets de la politique impériale ne soient pas évoqués dans l’article de Louis de Rouvray. Plus par ambition que par conviction les hommes rejoignirent en masse l’Eglise, ce qui a eu pour effet de l’affaiblir et de lui faire perdre sa liberté spirituelle. L’auteur n’analyse pas non plus la nature du pouvoir de Constantin. On aurait tord d’affirmer que Constantin s’appuya sur son titre romain de Pontifex Maximus. De fait, comme le font remarquer Francis Dvornik, et Edwar G. Farrugia[3],   Constantin régna en tirant son inspiration de la notion grecque de la royauté  selon laquelle le souverain représentait la divinité sur la terre et en tant que tel il prétendait conduire l’homme vers Dieu.
      On ne peut pas lui appliquer le terme de césaropapisme, la religion chrétienne ne deviendra religion d’Etat qu’à l’époque de Théodose (379-395).

      Pierre Essain
      .
      [1] Homélies et Allocutions (vol. 4), Ecône,  service d’enregistrement- Séminaire Saint-Pie-X, 2 CD.
      [2] Voir l’article de Edwar G. Farrugia, « Doit-on préférer Néron à Constantin ? »,  Méditerranées, 28, Paris, 2001, 79- 102, avec de bonnes références bibliographiques.
      [3] Francis Dvornik, Early Christian and Byzantine Political Philosophy : Origins and Background, Washington, 1966, II, 637. Pour Edwar G. Farrugia, article cité en n. 2.

      Jack Kerouac : "the beat generation"


      L’œuvre de Jack Kerouac connaît un grand succès de librairie à l’heure actuelle. Son livre mythique Sur la route vient d’être réédité chez Gallimard, sous le titre Sur la route. Le rouleau originalOn sait que le livre a écrit en trois semaines sur un rouleau de 30 mètre de long.
      Christian  Bac nous propose aujourd’hui une lecture insolite de l’auteur en rapprochant le livre fétiche de Big sur.
      On the road   et  Big sur constituent l’amont et l’aval de son très long et périlleux voyage à travers les Etats- Unis. Ce voyage dont il dénonce dans Big sur tous les dangers, les absurdités et les regrettables erreurs.
         Au carrefour de sa vie, il perçoit la croix du Christ qui le console, et nous sommes étonnés de voir que les quelques lignes sur la croix du Christ prennent dans sa vie  une si grande place.  
          Jack Kerouac sera le premier à parler de « beat generation » pour caractériser un mouvement « littéraire » et artistique. Ce nouveau courant de pensée se traduit par un pessimisme consternant qui ouvre la voie à la drogue et à tous les modes de vie que le mot « beat » exprime bien, car il évoque tout ce qui est cassé et fatigué dans une société, bien que Jack  Kerouac ait fini par se moquer lui-même de cette définition, en y apportant un sens religieux avec un rituel particulier.   
        Jack  Kerouac (1922 1969) un représentant de la « Beat Generation » nous relate ses aventures dans son œuvre principale intitulée On the road écrite en 1951. Il nous fait découvrir un chemin que d’autres vont prendre à sa suite. Il s’agit de chanteurs, de musiciens, de poètes qui vont constituer une impressionnante et nébuleuse galaxie par la force qu’elle dégage dans le monde de l’édition comparable à celle d’Harry Potter de J.K. Rowling dont le succès en librairie et au cinéma nous étonne encore. Cette génération est à la recherche d’une nouvelle culture qu’elle va chercher dans les religions orientales.  On associe à cette génération Allen Ginsberg, William Burroughs, Neal Cassady par exemple.
         La route dont nous parle Jack Kerouac est une voie de communication très particulière que beaucoup de jeunes empruntent encore dans une quête infinie pour atteindre un lieu mythique. La route devient le symbole et la philosophie d’une génération inquiète et inquiétante qui va trouver refuge dans la drogue et les rencontres fortuites. Cette route s’intériorise en s’organisant dans un labyrinthe d’utopies sans fin et un égarement difficilement supportable sans la drogue.
       Le dernier ouvrage de Jack Kerouac manifeste son profond désarroi, et son grand regret devant les années qu’il a passées  en marge du réel ; pour avoir vécu sur une route dont les panneaux avaient été remplacés par la fantaisie de son imagination désordonnée.
        Cet ouvrage est rythmé par des mots qui reviennent fréquemment tels que « cauchemar », « fou », « obsédé ». Pourtant d’une manière paradoxale, la lumière de la réalité vient balayer le brouillard dans lequel il a enfermé sa vie et il devient lucide au point de voir l’existence telle qu’il aurait toujours dû la voir mais l’usage de la drogue, du tabac et le style de vie qu’il a choisis lui enlèvent la  force physique et psychique d’en jouir encore longtemps, car il sait qu’il a par tous ces abus écourté sa vie. En effet, il devait mourir à l’âge de quarante sept ans.  
        Continuons la lecture du même ouvrage. Il proclame dans les premiers chapitres, la beauté de la nature et le mystère de l’existence.  Les objets les plus simples sont aussi l’objet de son admiration « quand on songe à l’inutilité d’articles coûteux que j’ai achetés et dont je me suis jamais servi » page 52. Il critique sévèrement le  monde d’Hollywood « deux chemises ridicules achetées pour Hollywood » page 53.Il fait parler la nature, et son dialogue avec la mer est impressionnant : « je reste tout bonnement assis, écoutant parler les vagues qui vont et viennent sur le sable, sur des tons de voix différents »pages 50 51 
       Contre toute attente,  à un moment nous voyons apparaître la croix, page 267 dans Big sur de Jack Kerouac (collection Folio) : « soudain je vois la Croix, plus petite cette fois, plus loin, mais tout aussi nette et je dis, essayant de dominer toutes ces voix : ‘’ Je suis avec toi, Jésus, pour toujours, merci ‘’. Je reste là étendu, inondé d’une sueur froide, me demandant ce qui m’arrive depuis tant d’années ; mes études sur le bouddhisme, les pipes que je fumais  m’assuraient les méditations sur le vide et tout d ’un coup la Croix apparaît devant moi. »
            Cet ancien étudiant de l’université de Columbia connaît bien ses classiques : ni  Rimbaud ni Dostoïevski qui ne sont étrangers à sa culture ne semblent pas lui avoir donné la direction  pour construire sa vie  autrement.   
         Il garde son émerveillement de la nature qu’il connaît bien et ses descriptions ne manquent pas d’intérêt. Son regard s’éloigne du consommateur pour se rapprocher davantage de celui de saint François d’Assise mais pas suffisamment pour connaître la paix, car le temps qu’il a perdu sur les routes non balisées l’empêche de revenir à l’essentiel de la vie.
         Une route a normalement un début et une fin pour toute personne qui a un projet et un idéal. Le pèlerinage à Saint Jean de Compostelle a ses chemins qui sont orientés dans une direction et un but précis.   Mais, dans le contexte culturel de l’époque en Amérique, la route avec ses points de repères  doit être dépassée. Cet aspect, très matériel de la route, doit s’associer à une imagination débridée qui s’exprime dans l’excentricité et l’occultation du Réel.
        Pourtant dans son premier ouvrage Jack Kerouac manifestait déjà un malaise certain avec son compagnon de route Dean Moriarty dont la conduite le perturbait gravement mais l’attirait irrésistiblement. En effet, à la page de couverture de son premier ouvrage Sur la route  chez Folio nous pouvons lire : « Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui » ou encore dans ce même ouvrage à la page 354  il est question « des excentricités de Dean ». page 294 nous lisons « Ils ont acheté du vin et se sont mis à boire du vin, ceci sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits pendant lesquels je restais blotti à chialer dans un coin, et quand ils ont eu fini, ils avaient dépensé jusqu’au dernier sou et nous sommes retournés à notre  point de départ » Ces scènes de beuveries sans fin se répètent à différents moments de cet ouvrage page 355 « A New York, on cavalait toujours frénétiquement de beuveries en beuveries avec des foules d’amis »  et tout le long de l’ouvrage on entend jurer. Dans toute cette grisaille quelques lignes de ciel bleu page 420 « C’était comme les yeux de la Vierge Marie quand elle était bébé. On y  distinguait le tendre et miséricordieux regard de Jésus »    
           Cette route mythique va quelques années après rejoindre la Grande Bretagne avec son cortège de chanteurs tels les « Beatles » qui vont recevoir de la part de « l’establishment » une reconnaissance officielle. En effet, la reine d’Angleterre en 1965, les élève à la dignité de membres de l’Empire britannique. Cette musique est à l’image de la  jeunesse bouillonnante d’après guerre qui recherche en apparence une autonomie totale par rapport à tout ce qui organise une société cohérente. Cette musique est entraînante elle est rythmée comme peut l’être la musique militaire ; d’où les grands rassemblements de jeunes qu’elle suscite. Cette musique  stimule les ventes de disques avec la force intense de la publicité.
         Ce cyclone musical va bientôt frapper toute l’Europe et se retourner vers les Etas - Unis d’où il a pris naissance. John Lennon  s’établira plus tard à New York et se présentera comme un guide d’une spiritualité  qui s’exprime dans la contradiction puisqu’il va faire la promotion d’une société dégagée des biens matériels alors qu’à sa mort, comme le rappelle Patrick Buchanan dans son ouvrage intitulé The death of the West page 55  « il laisse à sa famille une fortune évaluée à 250 million de dollars qui fait de lui l’homme le plus riche des Etats-Unis ».Dans ce même ouvrage nous apprenons que John Lennon affirmait que la foi chrétienne devait disparaître : « l’avenir me donnera raison, nous sommes plus populaires que Jésus lui- même » page 55.          
         Quand nous lisons  Big sur  Jack Kerouac  semble avoir quitté la route dangereuse qu’il avait prise. En fait, il ne peut plus la quitter, et nous avons l’impression qu’il ne fait  plus la distinction entre le jour et la nuit, car le jour ressemble dans son œuvre à la nuit ; et la nuit qui devrait être vécue comme un moment privilégié pour réparer ses forces ne lui donne plus que des cauchemars. Hélas le jour ne fait chez lui que mettre en évidence l’échec de sa vie. Mais la croix du Christ lui apparaît et réconforte son esprit si tourmenté. La Croix du Christ ne lui est pas inconnue car elle appartient à la culture qu’il a reçue. Elle lui est apparue comme la seule possibilité de réconciliation face aux  nombreuses blessures de sa vie qui nous remplissent de compassion.
      Christian Bac 

      mardi 3 août 2010

      A propos de la définition de la sainte messe


      Dans le journal Présent du 17 juillet 2010, l’abbé Barthe attire notre attention sur une longue note de l’abbé Cellier parue dans la Lettre à nos frères prêtres de juin 2010 et intitulée « Retour sur la propitiation » en nous rappelant  l’une des définitions les plus célèbres du Concile de Trente (Chapitre II du décret sur le sacrifice de la messe). « Parce que, dans le divin sacrifice qui s’accomplit à la messe, ce même  Christ est contenu et immolé de manière non sanglante ; lui qui s’est offert une fois pour toute de manière sanglante sur l’autel de la Croix, le saint Concile enseigne que le sacrifice est vraiment propitiatoire » S’il se fait que , si nous approchons de Dieu avec un cœur sincère et une foi droite, avec crainte et respect, contrits et pénitents nous obtenons miséricorde et nous trouvons la grâce d’un secours opportun. Apaisé par l’oblation de ce sacrifice, le Seigneur en accordant la grâce et le don de la pénitence, remet les crimes et les péchés, même ceux qui sont énormes. L’abbé Barthe nous rappelle également le Catéchisme romain, leCatéchisme de saint Pie X, l’encyclique Mediator Dei de Pie XII de 1947, qui évoque un vrai sacrifice au sens propre ». 
      L’auteur fait état d’un article de l’abbé Cellier qui met en lumière une étonnante modification intervenue entre la première édition du Catéchisme de l’Eglise catholique  en 1992 et l’édition de 1997. Cette modification touche la définition de la messe et son caractère propitiatoire.
      L’abbé Cellier distingue fort opportunément les trois phases dans l’affirmation ou la non affirmation du caractère propitiatoire de la messe, depuis Vatican II.
      1. une phase d’effacement du caractère propitiatoire de la messe
      2. Le numéro de 1992 on omet l’affirmation finale contenue dans la définition du concile de Trente : « ce sacrifice (qui s’accomplit à la messe) est vraiment propitiatoire » 
      3. Ce silence a été comblé partiellement en 1997  par la première édition du Catéchisme del’Eglise catholique « Ce sacrifice est vraiment propitiatoire ». Ainsi cinq ans après donc l’édition de 1997 on a corrigé très opportunément cette lacune Mais il ne semble pas que cette édition annule la précédente.
      Aujourd’hui il apparaît que deux doctrines coexistent. Comme dans le cas de la messe, il existe une forme extraordinaire, qui proclame la non-abolition de la doctrine officielle de la non-abolition, et une forme ordinaire avec l’absence de formulation.
      Pierre Essain